Choisir son futur compagnon de vie n’est pas une chose facile. Mais ça l’est encore moins quand nous fondons en lui des espoirs, que nous avons des attentes précises. Dans le cadre du choix de son futur chien d’assistance, ces attentes sont importantes, même si l’on est conscient que le chien reste un chien, et que c’est d’abord un être vivant que nous accueillons et non un outil, que comme tout être vivant il peut être faillible et les choses pas aussi prévisibles qu’on l’aurait voulu. Alors comment optimiser ses chances d’avoir un chien qui pourra mener à bien sa formation et être certifié, un chien qui en plus d’être un fabuleux compagnon de vie, un ami avec lequel partager son quotidien, apportera une précieuse aide pour naviguer dans une société pas tout à fait adaptée aux handicapés et faciliter la vie malgré les difficultés liées au handicap ?

Le premier choix cornélien auquel nous allons être confrontés, c’est de savoir si l’on va se tourner vers un chien adulte ou un chiot, et sur cette question il est plus que temps de briser les mythes : non un chien adulte à l’adoption n’est pas nécessairement un chien trauma ou présentant de grosses problématiques ; et non un chiot ce n’est pas (du tout) plus facile et il ne deviendra pas nécessairement ce que l’on veut qu’il soit.

 

Un chiot n’est pas une page blanche ni un petit être sans passé ni histoire. Lors de l’acquisition d’un chiot, idéalement pas avant 10 ou 12 semaines, il est déjà porteur de ses premières semaines de vie, mais aussi de l’histoire de sa mère durant la gestation, et de la génétique de chacun de ses deux parents, des marques laissées par leurs propres histoires et la sélection effectuée par l’humain. Il est déjà un individu unique, présentant déjà des prédispositions ou des sensibilités, mais qui va encore beaucoup évoluer et qu’il est difficile de bien cerner. Un chiot est en construction : si on peut entrevoir des tendances, on ne peut deviner qui il sera. A cet âge, rien n’est fixé. Il est impossible de déterminer avec certitude que tel chiot sera un bon chien d’assistance et tel autre non. D’ailleurs, il y a beaucoup de réformés chez les chiens guides par exemple, ou les chiens policiers, malgré que les chiots soient issus d’une sélection spécifique et de lignées bien définies, rien ne permet de s’assurer qu’une fois adultes ils fassent de bons chiens de travail. Aussi, choisir de se tourner vers un chiot, c’est prendre plus de risque que celui-ci ne puisse, finalement, pas être formé et certifié une fois à l’âge adulte, par exemple parce qu’il ne présente pas les traits recherchés, parce qu’il aspire à autre chose, parce qu’il n’est pas à son aise dans ce rôle et ne pourra pas s’y épanouir (et un chien heureux et bien dans ses pattes, c’est la base pour un travail bien fait).

Par ailleurs, un chiot demande un énorme investissement. Il faut du temps et des connaissances, accompagner un chiot vers l’âge adulte sans encombre est un défi de taille ! Après avoir choisi un chiot avec un départ dans la vie plutôt chouette, des bases convenables, un tempérament prometteur et évidemment un petite étincelle d’amour chez son nouveau gardien, encore va-t-il falloir être disponible et en capacité de cultiver ses prédispositions, continuer le travail ardu de la socialisation (auprès de son espèce canine) et sociabilisation (auprès des autres espèces humains compris, des environnements différents, etc), sans en faire trop ni trop peu, ne pas tomber dans les pièges trop faciles mais oh combien délétères de la surstimulation ou de l’immersion, détecter les comportements indésirables à leurs prémices et savoir accompagner leur disparition avant même qu’ils ne s’installent, tout ça en mettant en place les bases solides d’une relation forte et d’une confiance mutuelle, tout en pensant à ne jamais trop en demander parce qu’il n’est qu’un chiot, un bébé en construction, un être dont la croissance bouffe une grande partie de son énergie et qui a besoin d’énormément de repos pour grandir et intégrer toutes les choses qu’il découvre.

L’entrée en formation d’un chiot commence donc par une longue période de « pré-formation » où aucun travail spécifique n’est demandé au chiot, mais l’on se « contente » de faire une socia poussée, mettre en place les bonnes bases et l’aider à devenir un adulte mature et bien dans ses pattes. En plus de combler ses besoins, de faire face aux problématiques que rencontre tout adoptant de chiot (apprentissage de la propreté, mordillements, mâchouillage de tout objet laissé à portée, intégrations des règles de base de la bonne cohabitation, tout cela mettant souvent les nerfs à rude épreuve, induisant un manque de sommeil, de la fatigue et de l’agacement), le chemin sera beaucoup plus long et éprouvant avant de pouvoir commencer réellement la formation de chien d’assistance. Il faut généralement compter que la première année du chiot (voire plus selon le type de chien et son âge de maturité) sera consacrée à lui-même, à son bien-être et à son développement. Tout comme il ne nous viendrait pas à l’idée de mettre un enfant au travail (en tous cas à notre époque et dans la société dans laquelle nous évoluons), nous ne mettons pas un chiot au travail ; et durant cette longue période de socia c’est l’humain qui va devoir prendre sur lui pour assister son chiot en toutes circonstances, prendre en compte ses émotions, s’adapter à ses ressentis et lui assurer un maximum de bien-être.

 

Un chien adulte à l’adoption n’est pas nécessairement un chien avec un passé horrible, des traumas ayant des répercussions sur son comportement, ou alors un chien avec de grosses problématiques comportementales qui ont poussé à son abandon. Il y en a beaucoup qui ont des histoires bien plus banales, dont l’adoption n’avait pas été suffisamment réfléchie et qui se retrouve abandonnés lors d’une séparation, d’un déménagement ou de l’arrivée d’un enfant. D’autres qui ont été aimés et choyés, éduqués, mais dont l’humain est décédé ou trop malade pour pouvoir continuer à s’en occuper. Evidemment tous les chiens de refuge ou d’asso ne seront pas de bons chiens d’assistance, mais ils sont nombreux à présenter de belles qualités pour l’être et à avoir acquis les bases de la vie parmi les humains (être propre, ne pas mordiller, savoir rester seul, ne pas sauter, savoir s’ennuyer ou attendre calmement, ne pas piquer tout ce qu’il trouve, etc). Et avec un chien adulte, surtout s’il est adopté dans une association qui fonctionne avec des familles d’accueil, pas de surprise sur son caractère ou même son physique, il aura un tempérament connu, une personnalité qui ne changera pas, et son gabarit ne changera pas.

S’il est en famille d’accueil la famille le connaitra bien en « situation réelle », saura parler de ses préférences, de son tempérament, l’aura testé dans divers environnements et situations et l’aura accompagné s’il a rencontré des difficultés. S’il s’agit d’un chien de refuge c’est beaucoup plus compliqué car le refuge, aussi impliqués que soient les soignants et bénévoles, est un lieu difficile pour le chien et il est probable qu’il soit inhibé, ne révèle totalement pas sa vraie personnalité, il faudrait alors prévoir une « période d’essai » avant adoption définitive avec le projet de chien d’assistance.

Lors de l’adoption il est évident que les premiers mois seront consacrés à la relation entre le bénéficiaire et son nouveau compagnon, à l’adaptation du chien (qui vient de vivre un chamboulement) dans son nouveau foyer, et renforcer sa socia à des environnements de plus en plus variés (comme pour un chiot, pas d’immersion, on avance au rythme du chien). Il y a toujours besoin de retravailler quelques bricoles à l’arrivée d’un nouvel animal, il faut se découvrir et apprendre à se comprendre, mais ça peut vraiment être doux et facile si l’adoption a bien été préparée, que la famille d’accueil a été impliquée et que la sélection du chien a été rigoureuse. Contrairement à l’adoption d’un chiot, lors de l’adoption d’un chien déjà adulte, qui présentait de bonnes prédispositions, la formation spécifique pourra débuter rapidement, au bout de quelques semaines à quelques mois selon l’individu. Cela représente un réel avantage pour le bénéficiaire qui pourra plus rapidement bénéficier de l’assistance de son chien.

 

Adopter un chiot ou un chien adulte ne détermine pas la nature de lien, ni sa force. Il est possible de vivre de magnifiques histoires avec l’un comme l’autre, tout comme il est possible de rencontrer d’énormes difficultés à créer la relation quel que soit l’âge.

Evidemment le choix final reviendra toujours au bénéficiaire. Notre association sera là pour l’aider à faire le meilleur choix en fonction de lui, de ses difficultés, de ses besoins, de son mode de vie et de sa capacité d’adaptation. Pour l’accompagner et le conseiller. Mais pas pour imposer. Il pourra rencontrer autant de chiens que nécessaire, ou retourner voir le même plusieurs fois s’il en ressent le besoin, et n’aura aucune obligation à repartir avec tel chiot ou tel chien parce que l’association a décidé que c’est le chien qu’il lui faut. Car c’est le bénéficiaire qui partagera les prochaines années avec cet animal, l’adoption d’un futur chien d’assistance, si elle se doit d’être pointilleuse pour maximiser les chances de certification, reste une adoption comme les autres, une adoption de cœur.

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